Les porteurs d’eau d’Atiq Rahimi

Partager avec

FacebookTwitterLinkedInEmail this page


Deux histoires d’amour qui disent beaucoup des racines afghanes de l’auteur comme de la souffrance de l’exil.

Atiq Rahimi, né en 1962 à Kaboul, s’est tout d’abord réfugié au Pakistan pour fuir la guerre d’Afghanistan. Son dernier roman, Les porteurs d’eau, est un récit croisé de la vie d’un exilé afghan entre Paris et Amsterdam et de celle d’un porteur d’eau à Kaboul.

Des histoires d’amour qui souffrent de l’absence de langage

Le porteur d’eau à Kaboul, Youssef, n’a d’yeux que pour sa belle-sœur. Mais il n’a pas les mots pour exprimer ses émotions, ses sentiments…son amour.
Tom, l’exilé, ne sait pas aimer dans sa langue d’adoption. Quand il est naturalisé français ou « empaillé » en bon français dit Atiq Rahimi, il cherche les mots dans le dictionnaire et ne maîtrise que des mots fonctionnels. La langue d’adoption tient à distance ; elle n’est pas apte à nommer les sentiments.
L’histoire de Youssef est décrite telle un conte et utilise le passé simple quand celle de Tom utilise le présent et le « je ».

Un « Je » qui devient « Tu »

Atiq Rahimi explique pourquoi ce glissement de forme narrative. Il vient d’une société où l’individu n’existe pas ; l’individu existe dans sa famille, sa religion, sa communauté. Chez lui, on ne parvient pas à parler à la première personne.
Tom est dans un moment charnière de sa vie ; il vit une dichotomie propre à lui, propre à l’exil : le « tu » était le plus approprié. Tom est une personne errante. L’exilé vit hors de son temps, hors de sa langue. Dans la langue persane, il n’y pas de futur, tout est destin. Pour tenter d’exprimer le futur en persan, on utilise l’auxiliaire « vouloir » qui est accolé à la racine d’un autre verbe au passé.

2 histoires d’amour qui rejoignent la grande histoire

Youssef est porteur d’eau et découvre l’eau dans une source qui n’est autre qu’un temple bouddhiste. Il cherche l’eau à la source de son identité.
De son côté, Tom est porté par l’eau. La pluie le suit partout où il va.
Ces deux histoires d’amour parallèles rejoignent la grande histoire ou plutôt la légende qui a donné une histoire d’amour entre les deux bouddhas que détruiront les talibans en mars 2001.

L’indignation de la destruction des Bouddhas par les Talibans

Ces deux grands bouddhas se sont sacrifiés pour que les regards de l’occident se tournent de nouveau vers le sort des afghans et en particulier des femmes afghanes. « Que vaut-il mieux ? La création ou la procréation ? Je n’ai jamais compris cet acte de destruction des bouddhas » Il s’agissait certes de détruire les racines d’un peuple mais surtout de cacher le véritable objectif : les tours jumelles de New York.
Qu’est-ce qu’une nation sans sa mémoire ? La force de l’art demeure dans le vide que les bouddhas ont laissé. Le monde entier négocie le retour des talibans leur retour au gouvernement. Les vides des bouddhas les attendent également !

2 personnages féminins si présentes, si absentes

Chérine qui veut dire douce comme le miel et le lait en persan. Dans le roman, elle dort tout le temps et parle dans son sommeil. Est-elle amoureuse du marchand ou du porteur d’eau ? Une ambiguïté qui demeure jusqu’au bout.
Rina,la femme de Tom, dort tout le temps et Nouria, son amour nouveau, n’est jamais physiquement présente.
Et pourtant ces femmes sont toutes entières envahissantes, s’imposant aux pensées et aux cœurs des personnages principaux du récit. Elles sont au cœur du récit sans être vivantes.

Grand Entretien avec Jean-Christophe Rufin Escales du Livre de Bordeaux, 7 avril 2019

Partager avec

FacebookTwitterLinkedInEmail this page


Jean-Christophe Rufin

Médecin, diplomate et écrivain ! Jean Christophe Rufin impressionne par la quantité de titres, tous plus honorifiques les uns que les autres, emblématiques d’un parcours professionnel riche et d’une personnalité ouverte sur les autres.
Ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie, officier de la légion d’honneur, membre fondateur de médecins sans frontières, président d’action contre la faim, prix Goncourt en 2001 et membre le plus jeune de l’Académie française à son entrée en 2008

De la lecture…

Le reflet d’une enfance solitaire et ennuyeuse

La lecture chez Jean Christophe Rufin est le reflet d’une enfance solitaire et ennuyeuse élevé par ses grands-parents. Son goût prononcé pour la lecture est donc évasion.

La médecine, une grande glaciation de la lecture

Il s’agit d’un enseignement fondé sur la mémoire, l’apprentissage par cœur de kilomètres de symptômes et de tableaux cliniques. Bien que certains termes aient une portée romanesque, comme l’infarctus du myocarde, l’embolie pulmonaire qui étaient à cette époque décrits avec un certain lyrisme, la médecine est néanmoins étrangère à la littérature.

A l’écriture…

Les premiers écrits…des essais

L’expérience de l’humanitaire, son engagement comme médecin sur des zones de conflits l’ont conduit à examiner le rôle des ONG dans les pays en guerre, notamment dans son premier essai, Le Piège humanitaire (1986), un essai sur les enjeux politiques de l’action humanitaire et les paradoxes des mouvements « sans frontières ».
Chair, expérience, vie dans mes livres étaient décortiqués par ses étudiants de sciences politiques en deux parties, deux sous-parties. C’est ce dépeçage qui l’a amené vers le roman, affirme Jean Christophe Rufin

Le roman historique

Utiliser le décalage historique permet de détourner le serment d’Hippocrate, le secret médical qu’il ne pouvait pas retranscrire par l’écrit.

Première fiction, l’Abyssin

Médecin du Caire comme ambassadeur d’Ethiopie bercé dans l’amour, l’espoir. « L’optimisme est ma boussole à contrecourant de la mode. Je l’ai écrit à la main et juste heureux d’avoir mon tas de feuilles que j’ai donné à ma secrétaire qui tapait à la machine mes essais devenue heureuse de ce boulot. Elle osait me donner des conseils considérant que le héros mourrait trop tôt. C’est à sa réaction que j’ai osé penser que cette histoire pouvait plaire à un plus grand nombre. »

Jusqu’à Couche Brésil, Prix Goncourt en 2001

« Je ne suis pas un grand blessé du Goncourt comme d’autres aiment à le dire ». Il offre des lecteurs, la possibilité de se promener dans toute la France à la rencontre des lecteurs, de la France qui lit.

Membre le plus jeune de l’Académie

Un regret : c’est un titre qui se perd vite ! Après avoir renoncé à être juré du prix Goncourt, Jean Christophe Rufin entretient le secret espoir de devenir académicien. C’est lors d’un rdv avec Hélène Carrère d’Encausse – secrétaire perpétuelle de l’Académie française- en hiver en France pendant lequel elle indique combien elle souhaite renouveler l’académie en nommant des jeunes qu’il passe de l’espoir au désespoir. Le fauteuil Louis XVI et la température ambiante des palais de la République, bien loin des températures chaudes de Sénégal ont eu raison de son dos. Incapable de se lever, tous ses espoirs d’accéder à l’académie avaient fondu avec ce lumbago fulgurant.
« L’académie devait avoir d’autres critères ! », souffle Jean Christophe Rufin.

Sa source d’inspiration

Jean-Christophe Rufin réside les deux tiers de l’année à Saint-Nicolas-de-Véroce dans le massif du Mont-Blanc, où il s’enferme pour écrire durant l’hiver. J’écris seul l’hiver face à la montagne deux heures par jour.

Comment naissent ses livres ?

Clé de sol du livre : une couleur dominante, 1 ou 2 personnages et une image

Écrire l’intime

Partager avec

FacebookTwitterLinkedInEmail this page


Les personnages prennent le contrôle de la plume du romancier : un mensonge ? Aucun romancier n’écrit une fiction sans faire abstraction de ce qu’il est ; mais il avance masqué dans ses romans. Pourquoi et comment basculer alors dans l’écriture de l’intime ? 

Annie Ernaud fait consensus chez les auteurs invités sur la grande scène pour appréhender l’écriture de l’intime : Philippe Besson (Julliard), Arnaud Cathrine (Verticales), Pauline Delabroy-Allard (Minuit) et Leonor de Recondo (Sabine Wespieser).

Chez Annie Ernaud, le livre respire le passé, une mémoire qui, jamais, n’oublie. La phrase d’Annie Ernaud, « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais », est en effet mise en exergue par Philippe Besson dans son nouveau roman.

Philippe Besson

Philippe Besson s’est converti à l’écriture de l’intime avec Arrête avec tes mensonges quand il s’est rendu compte qu’il devait redonner existence aux disparus ou à l’enfant ou l’adolescent qu’il n’est plus.

Selon ce dernier, auparavant, on prenait des photos qu’on développait puis qu’on stockait dans des boîtes à chaussures qu’on redécouvrait par hasard parfois avec sourire parfois avec la honte.

« Je voulais redonner de la présence aux absents à ceux qui sont partis comme ceux qui figurent sur la photo jaunie. La mémoire nous joue des tours et donne sens à notre écriture. »

Leonor de Recondor

Léonor de Recondo raconte dans Manifesto, une nuit au chevet de son père en train de mourir pendant laquelle les souvenirs reviennent à la surface de la mémoire pour mieux dire au-revoir. Comment donner une continuité à une voix qui s’est éteinte ? L’écriture donne chair aux souvenirs et redonne voix au souvenir.

C’est une scène inaugurale très forte qui est à l’origine du titre. J’ai fait un rêve : je suis dans une petite pièce, ma mère, Cécile, assise sur un canapé, est très calme quand je suis entourée de milliers de bouts de papier à remettre en ordre. Je suis angoissée jusqu’à trouver mon manifeste : «  Pour mourir libre, il faut vivre libre ».

Pauline Delabroy-Allard est une romancière française née en 1988. Elle a publié son premier roman, Ça raconte Sarah en 2018 pour la rentrée littéraire

Pour Pauline Delabroy-Allard auteur de Ça raconte, Sarah, écrire c’est trouver les mots pour transposer nos émotions « ce sera le silence et aucun mot pour le dire ». Elle a écrit dans des chambres dans une candeur face à la page. « Des insomnies, une scène m’obsédant ; je dois la coucher sur le papier. Point de bascule d’une histoire à sortir de moi.  L’écriture de mon texte intime a été une épreuve physique terrible qu’heureusement je suis parvenue à conclure ! »

Arnaud Cathrine

L’intime pour Arnaud Cathrine relève davantage de l’imagination. Pour lui, il faut sauver un temps où on ne sera jamais. Il se dit davantage un voleur de vies. « Des visages aimantent ; j’ai projeté dans mon livre J’entends des regards que vous croyez muets, leurs vies pour mieux finalement parler de moi et dresser mon autoportrait. »

Game of Thrones, la Saga de la décennie… en livre ou en série ? 5000 pages ou 67 épisodes ?

Partager avec

FacebookTwitterLinkedInEmail this page


Retour sur le succès de la saga : du succès du roman au succès de la série ou comment les 2 se nourrissent.

Réponse en compagnie de Florence Lottin (Pygmalion), l’éditrice française de l’auteur, Mathias Lavorel, auteur de Comprendre Game of Thrones, et Jon, administrateur du site La Garde de Nuit.
et de  Myriam Haegel (madmoiZelle.com) au salon du livre de Paris le 17 mars 2019.

Salon du Livre de Paris – Scène Young Adult – dimanche 17 mars 2019

Le trône de fer publié en 1996 et traduit en français en 1998 chez Pygmalion avait été alors vendu à 7000 exemplaires. Deux scénaristes par David Benioff et D. B. Weiss travaillent enfin à l’adaptation du livre en série télévisée pour la chaîne HBO dont la première diffusion a lieu le 17 avril 2011 ; une série  qui va devenir un phénomène mondial, dont l’ultime saison débute le 14 avril. Série de tous les records, avec le plus de spectateurs, le plus de prix, le plus d’ennemis, le plus de piratage, le plus de morts.

De son côté, le livre a désormais été vendu à plus de 90 millions d’exemplaires.

Ainsi, A Game of Thrones de George Raymond Richard Martin (né en 1948 aux Etats-Unis) n’a pas été un best-seller à sa sortie mais tous les volumes suivants l’ont été, tous intégrant notamment la New York Times Best Seller list, considérée aux États-Unis comme la liste de référence des meilleures ventes de livres :  A Clash of Kings ,  A Storm of Swords , A Feast for Crows et A Dance with Dragons.

Florence Lottin des éditions Pygmalion confirme que la vente est passée de 4500 exemplaires à 100 000 exemplaires en grand ouvrage avec l’effet série en France. L’œuvre s’ouvre à davantage de public par la série. La série TV a ainsi été une porte pour la lecture. Comme il n’existe pas de photo de dragon, l’illustration était obligatoire pour la première de couv’. Le choix s’est porté sur un ours moins marqué par le style de la fantaisie mais respectant l’univers de l’auteur.

Dans quinze jours, la grande patience des fans de Game of Thrones va enfin être récompensée. La saison 8 de la série d’heroic-fantasy imaginée par l’auteur américain George R. R. Martin va enfin faire connaître sa conclusion au public.

Les raisons du succès

La frustration des fans est-il l’élément essentiel du succès ? L’attente n’explique pas à elle seule le succès de la série ; il s’agit en effet d’un ressort classique de toute série.

C’est d’abord parce que le trône de fer subvertit les codes de la fantaisie. Les notions de chevalerie sont bouleversées par Game of Thrones.

Tout est possible ; il n’y a pas d’avenir tracé aux personnages ni aux héros de cette narration. Pourra-t-on s’attacher à ses personnages ? C’est prendre le risque de se prendre une grosse claque car il est possible que leurs têtes soient coupées qui plus est, par un personnage détestable !

En outre, la série a bénéficié d’un alignement des planètes ouvert par le Seigneur des Anneaux.

Il y a tout dans le trône de fer : des dragons, de la géopolitique, de l’histoire, de la trahison, la sournoiserie, la jalousie… Des personnages très complexes et la lutte pour le pouvoir, deux ingrédients indispensables. Le tout s’inscrivant dans un univers très construit et très cohérent, autour de mille familles nobles sur 10 000 ans.

Une adaptation fidèle ? ?

Au départ, Georges R Martin était convaincu que son œuvre était inadaptable. C’est le format série télévisuelle qui l’a permis  et deux scénaristes hors pair. Avant de se laisser séduire, George R . Martin interroge longuement David Benioff et D. B. Weiss pour s’assurer qu’ils ont compris l’œuvre. C’est seulement après avoir répondu à la question « qui est la mère de Jon Snow » que l’auteur se laissera convaincre. Les créateurs de la série tv étaient de vrais fans qui n’ont pas dénaturé l’œuvre originale.

La série dicte-t-elle l’écriture de George Martin ?

George Martin a osé, a créé. Il a été poussé à aller de plus en plus loin grâce aux réactions des internautes. Ce sont ses fans qui ont aussi fabriqué son inspiration

La série a beaucoup dévié par rapport au livre ; des personnages sont morts dans la série mais pas dans le livre. Cela va-t-il converger ?

Les livres se font certes attendre ; la HBO n’est pas responsable de cette attente. Quoiqu’il arrive, ce ne sera pas la même chose.

Comprendre Game of Thrones de Mathias Lavorel

« Je n’ai pas lu le livre » avoue Mathias Lavorel en plein salon du  livre. Tout de suite, ça a été à la vie, à la mort. Résumer en 80 pages plusieurs saisons et plusieurs milliers de pages, une gageure ?

Mon premier contact après un épisode était au bureau à la machine à café, lieu de tous les spoils. L’objectif de mon livre était donc d’aider des collègues perdus à la machine à café, leur donner l’abécédaire du Game of thrones et tenir les conversations dans les dîners !

L’acheteur type ? Un homme, en couple, très branché « Game of thrones » pour soutenir sa conjointe à entrer dans son univers !

La Garde de Nuit

La Garde de Nuit est la référence en France qui réunit sur ce forum des experts de game of thrones qui ont lu au moins 70 fois chaque livre chacun ! Cette initiative créée des passionnés. La richesse de l’œuvre permet de susciter une bataille d’analyses, de théories.

La théorie la moins sérieuse ?  Roose Bolton est un vampire immortel !