Pour me sauver, de Kalypso Caldin

Un coup de projecteur sur cette sortie littéraire en young adult pour deux bonnes raisons :

  • L’histoire de son écriture et de son édition
  • L’histoire d’amour

FYCTIA est une plateforme de concours d’écriture qui rassemble écrivains, lecteurs et éditeurs dans une même communauté. Elle permet à des auteurs de toucher une grande communauté de lecteurs, d’interagir avec eux, d’être conseillés par des professionnels du livre et publiés par une maison d’édition.

Fyctia propose régulièrement des concours autour de genres et de mots clés sur une durée de 3 mois. Les écrivains publient en ligne le premier chapitre de sa série.

Les lecteurs ont alors le pouvoir de faire se terminer ou poursuivre l’aventure de l’écriture. Le nombre de likes et de partages devient alors l’indicateur de popularité de l’écrivain.  L’écrivain profite d’une interaction avec ses lecteurs pour enrichir son oeuvre et bénéficie en outre des conseils de l’équipe de fyctia. Sa popularité doit toujours progresser au fil des chapitres déposés en ligne pour arriver en finale. Un jury départage alors le lauréat qui pourra publier son livre quelques mois après.

Quant à l’histoire, le sous-titre est en lui-même prometteur : « l’aour est une fuite ».

Sydney est une jeune adulte qui rentre à l’université et brûle la vie pour mieux se sentir vivante. A 15 ans, victime des coups de sa mère, elle est restée plongée dans le coma pendant trois mois. Depuis, elle éprouve des difficutés à ressentir son corps et ses émotions.

Nojan Saidia, dans son université, est un jeune motard qui lui aussi cache un passé sombre.

C’est ensemble qu’ils parviendront à dépasser leur trouble passé. 

Pour me sauver, Kalypso Sadin, édité chez Hugo Poche (12/09/2019), ISBN 9782755639902, 8,90 euros

Fraternidad, le roman de cape et d’épée 2.0.

Après un premier livre qui avait déjà rencontré le succès avec plus de 5 000 lecteurs, Thibault Vermot a accepté de relever le défi lancé par son éditeur : écrire un roman de cape et d’été d’aujourd’hui ! 

Peut-on encore être chevalier dans un monde dominé par les GAFA et l’ubérisation de l’économie ?

Un jeune lycéen considéré comme tous comme un tocard a un secret. Il a enterré des rapières sous terre et joue tous les vendredi soir à être chevalier.

D’autres jeunes partagent son rêve et son goût pour les épées. C’est par internet qu’il réalise qu’il n’est pas seul à avoir ce rêve. Alors il décide de créer sa propre bande.

Un roman qui fait date dans la rentrée littéraire de 2019 tant pour l’aventure épique qu’il propose que pour son style qui emprunte au XIXème siècle son vocabulaire et sa construction en vers.

Fraternidad, Thibault Vermot, Editions Sarbacane, (21 août 2019), 613p. 18€

Thibault Vermot est né à Dijon en 1985 et vit en Normandie, près de Rouen. Agrégé de Lettres, il enseigne au collège et dans le supérieur.
Né au fil des routes et des paysages de l’Ouest américain, Colorado Train, son premier roman, a atteint les 5 000 exemplaires vendus et est entré en sélection de la Pépite du meilleur roman ado du Salon du Livre de Montreuil 2017 ainsi que du Prix Vendredi 2017, dont il a obtenu la mention spéciale.

Les porteurs d’eau d’Atiq Rahimi

Deux histoires d’amour qui disent beaucoup des racines afghanes de l’auteur comme de la souffrance de l’exil.

Atiq Rahimi, né en 1962 à Kaboul, s’est tout d’abord réfugié au Pakistan pour fuir la guerre d’Afghanistan. Son dernier roman, Les porteurs d’eau, est un récit croisé de la vie d’un exilé afghan entre Paris et Amsterdam et de celle d’un porteur d’eau à Kaboul.

Des histoires d’amour qui souffrent de l’absence de langage

Le porteur d’eau à Kaboul, Youssef, n’a d’yeux que pour sa belle-sœur. Mais il n’a pas les mots pour exprimer ses émotions, ses sentiments…son amour.
Tom, l’exilé, ne sait pas aimer dans sa langue d’adoption. Quand il est naturalisé français ou « empaillé » en bon français dit Atiq Rahimi, il cherche les mots dans le dictionnaire et ne maîtrise que des mots fonctionnels. La langue d’adoption tient à distance ; elle n’est pas apte à nommer les sentiments.
L’histoire de Youssef est décrite telle un conte et utilise le passé simple quand celle de Tom utilise le présent et le « je ».

Un « Je » qui devient « Tu »

Atiq Rahimi explique pourquoi ce glissement de forme narrative. Il vient d’une société où l’individu n’existe pas ; l’individu existe dans sa famille, sa religion, sa communauté. Chez lui, on ne parvient pas à parler à la première personne.
Tom est dans un moment charnière de sa vie ; il vit une dichotomie propre à lui, propre à l’exil : le « tu » était le plus approprié. Tom est une personne errante. L’exilé vit hors de son temps, hors de sa langue. Dans la langue persane, il n’y pas de futur, tout est destin. Pour tenter d’exprimer le futur en persan, on utilise l’auxiliaire « vouloir » qui est accolé à la racine d’un autre verbe au passé.

2 histoires d’amour qui rejoignent la grande histoire

Youssef est porteur d’eau et découvre l’eau dans une source qui n’est autre qu’un temple bouddhiste. Il cherche l’eau à la source de son identité.
De son côté, Tom est porté par l’eau. La pluie le suit partout où il va.
Ces deux histoires d’amour parallèles rejoignent la grande histoire ou plutôt la légende qui a donné une histoire d’amour entre les deux bouddhas que détruiront les talibans en mars 2001.

L’indignation de la destruction des Bouddhas par les Talibans

Ces deux grands bouddhas se sont sacrifiés pour que les regards de l’occident se tournent de nouveau vers le sort des afghans et en particulier des femmes afghanes. « Que vaut-il mieux ? La création ou la procréation ? Je n’ai jamais compris cet acte de destruction des bouddhas » Il s’agissait certes de détruire les racines d’un peuple mais surtout de cacher le véritable objectif : les tours jumelles de New York.
Qu’est-ce qu’une nation sans sa mémoire ? La force de l’art demeure dans le vide que les bouddhas ont laissé. Le monde entier négocie le retour des talibans leur retour au gouvernement. Les vides des bouddhas les attendent également !

2 personnages féminins si présentes, si absentes

Chérine qui veut dire douce comme le miel et le lait en persan. Dans le roman, elle dort tout le temps et parle dans son sommeil. Est-elle amoureuse du marchand ou du porteur d’eau ? Une ambiguïté qui demeure jusqu’au bout.
Rina,la femme de Tom, dort tout le temps et Nouria, son amour nouveau, n’est jamais physiquement présente.
Et pourtant ces femmes sont toutes entières envahissantes, s’imposant aux pensées et aux cœurs des personnages principaux du récit. Elles sont au cœur du récit sans être vivantes.

Écrire l’intime

Les personnages prennent le contrôle de la plume du romancier : un mensonge ? Aucun romancier n’écrit une fiction sans faire abstraction de ce qu’il est ; mais il avance masqué dans ses romans. Pourquoi et comment basculer alors dans l’écriture de l’intime ? 

Annie Ernaud fait consensus chez les auteurs invités sur la grande scène pour appréhender l’écriture de l’intime : Philippe Besson (Julliard), Arnaud Cathrine (Verticales), Pauline Delabroy-Allard (Minuit) et Leonor de Recondo (Sabine Wespieser).

Chez Annie Ernaud, le livre respire le passé, une mémoire qui, jamais, n’oublie. La phrase d’Annie Ernaud, « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais », est en effet mise en exergue par Philippe Besson dans son nouveau roman.

Philippe Besson

Philippe Besson s’est converti à l’écriture de l’intime avec Arrête avec tes mensonges quand il s’est rendu compte qu’il devait redonner existence aux disparus ou à l’enfant ou l’adolescent qu’il n’est plus.

Selon ce dernier, auparavant, on prenait des photos qu’on développait puis qu’on stockait dans des boîtes à chaussures qu’on redécouvrait par hasard parfois avec sourire parfois avec la honte.

« Je voulais redonner de la présence aux absents à ceux qui sont partis comme ceux qui figurent sur la photo jaunie. La mémoire nous joue des tours et donne sens à notre écriture. »

Leonor de Recondor

Léonor de Recondo raconte dans Manifesto, une nuit au chevet de son père en train de mourir pendant laquelle les souvenirs reviennent à la surface de la mémoire pour mieux dire au-revoir. Comment donner une continuité à une voix qui s’est éteinte ? L’écriture donne chair aux souvenirs et redonne voix au souvenir.

C’est une scène inaugurale très forte qui est à l’origine du titre. J’ai fait un rêve : je suis dans une petite pièce, ma mère, Cécile, assise sur un canapé, est très calme quand je suis entourée de milliers de bouts de papier à remettre en ordre. Je suis angoissée jusqu’à trouver mon manifeste : «  Pour mourir libre, il faut vivre libre ».

Pauline Delabroy-Allard est une romancière française née en 1988. Elle a publié son premier roman, Ça raconte Sarah en 2018 pour la rentrée littéraire

Pour Pauline Delabroy-Allard auteur de Ça raconte, Sarah, écrire c’est trouver les mots pour transposer nos émotions « ce sera le silence et aucun mot pour le dire ». Elle a écrit dans des chambres dans une candeur face à la page. « Des insomnies, une scène m’obsédant ; je dois la coucher sur le papier. Point de bascule d’une histoire à sortir de moi.  L’écriture de mon texte intime a été une épreuve physique terrible qu’heureusement je suis parvenue à conclure ! »

Arnaud Cathrine

L’intime pour Arnaud Cathrine relève davantage de l’imagination. Pour lui, il faut sauver un temps où on ne sera jamais. Il se dit davantage un voleur de vies. « Des visages aimantent ; j’ai projeté dans mon livre J’entends des regards que vous croyez muets, leurs vies pour mieux finalement parler de moi et dresser mon autoportrait. »