Écrire l’intime

Les personnages prennent le contrôle de la plume du romancier : un mensonge ? Aucun romancier n’écrit une fiction sans faire abstraction de ce qu’il est ; mais il avance masqué dans ses romans. Pourquoi et comment basculer alors dans l’écriture de l’intime ? 

Annie Ernaud fait consensus chez les auteurs invités sur la grande scène pour appréhender l’écriture de l’intime : Philippe Besson (Julliard), Arnaud Cathrine (Verticales), Pauline Delabroy-Allard (Minuit) et Leonor de Recondo (Sabine Wespieser).

Chez Annie Ernaud, le livre respire le passé, une mémoire qui, jamais, n’oublie. La phrase d’Annie Ernaud, « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais », est en effet mise en exergue par Philippe Besson dans son nouveau roman.

Philippe Besson

Philippe Besson s’est converti à l’écriture de l’intime avec Arrête avec tes mensonges quand il s’est rendu compte qu’il devait redonner existence aux disparus ou à l’enfant ou l’adolescent qu’il n’est plus.

Selon ce dernier, auparavant, on prenait des photos qu’on développait puis qu’on stockait dans des boîtes à chaussures qu’on redécouvrait par hasard parfois avec sourire parfois avec la honte.

« Je voulais redonner de la présence aux absents à ceux qui sont partis comme ceux qui figurent sur la photo jaunie. La mémoire nous joue des tours et donne sens à notre écriture. »

Leonor de Recondor

Léonor de Recondo raconte dans Manifesto, une nuit au chevet de son père en train de mourir pendant laquelle les souvenirs reviennent à la surface de la mémoire pour mieux dire au-revoir. Comment donner une continuité à une voix qui s’est éteinte ? L’écriture donne chair aux souvenirs et redonne voix au souvenir.

C’est une scène inaugurale très forte qui est à l’origine du titre. J’ai fait un rêve : je suis dans une petite pièce, ma mère, Cécile, assise sur un canapé, est très calme quand je suis entourée de milliers de bouts de papier à remettre en ordre. Je suis angoissée jusqu’à trouver mon manifeste : «  Pour mourir libre, il faut vivre libre ».

Pauline Delabroy-Allard est une romancière française née en 1988. Elle a publié son premier roman, Ça raconte Sarah en 2018 pour la rentrée littéraire

Pour Pauline Delabroy-Allard auteur de Ça raconte, Sarah, écrire c’est trouver les mots pour transposer nos émotions « ce sera le silence et aucun mot pour le dire ». Elle a écrit dans des chambres dans une candeur face à la page. « Des insomnies, une scène m’obsédant ; je dois la coucher sur le papier. Point de bascule d’une histoire à sortir de moi.  L’écriture de mon texte intime a été une épreuve physique terrible qu’heureusement je suis parvenue à conclure ! »

Arnaud Cathrine

L’intime pour Arnaud Cathrine relève davantage de l’imagination. Pour lui, il faut sauver un temps où on ne sera jamais. Il se dit davantage un voleur de vies. « Des visages aimantent ; j’ai projeté dans mon livre J’entends des regards que vous croyez muets, leurs vies pour mieux finalement parler de moi et dresser mon autoportrait. »

Game of Thrones, la Saga de la décennie… en livre ou en série ? 5000 pages ou 67 épisodes ?

Retour sur le succès de la saga : du succès du roman au succès de la série ou comment les 2 se nourrissent.

Réponse en compagnie de Florence Lottin (Pygmalion), l’éditrice française de l’auteur, Mathias Lavorel, auteur de Comprendre Game of Thrones, et Jon, administrateur du site La Garde de Nuit.
et de  Myriam Haegel (madmoiZelle.com) au salon du livre de Paris le 17 mars 2019.

Salon du Livre de Paris – Scène Young Adult – dimanche 17 mars 2019

Le trône de fer publié en 1996 et traduit en français en 1998 chez Pygmalion avait été alors vendu à 7000 exemplaires. Deux scénaristes par David Benioff et D. B. Weiss travaillent enfin à l’adaptation du livre en série télévisée pour la chaîne HBO dont la première diffusion a lieu le 17 avril 2011 ; une série  qui va devenir un phénomène mondial, dont l’ultime saison débute le 14 avril. Série de tous les records, avec le plus de spectateurs, le plus de prix, le plus d’ennemis, le plus de piratage, le plus de morts.

De son côté, le livre a désormais été vendu à plus de 90 millions d’exemplaires.

Ainsi, A Game of Thrones de George Raymond Richard Martin (né en 1948 aux Etats-Unis) n’a pas été un best-seller à sa sortie mais tous les volumes suivants l’ont été, tous intégrant notamment la New York Times Best Seller list, considérée aux États-Unis comme la liste de référence des meilleures ventes de livres :  A Clash of Kings ,  A Storm of Swords , A Feast for Crows et A Dance with Dragons.

Florence Lottin des éditions Pygmalion confirme que la vente est passée de 4500 exemplaires à 100 000 exemplaires en grand ouvrage avec l’effet série en France. L’œuvre s’ouvre à davantage de public par la série. La série TV a ainsi été une porte pour la lecture. Comme il n’existe pas de photo de dragon, l’illustration était obligatoire pour la première de couv’. Le choix s’est porté sur un ours moins marqué par le style de la fantaisie mais respectant l’univers de l’auteur.

Dans quinze jours, la grande patience des fans de Game of Thrones va enfin être récompensée. La saison 8 de la série d’heroic-fantasy imaginée par l’auteur américain George R. R. Martin va enfin faire connaître sa conclusion au public.

Les raisons du succès

La frustration des fans est-il l’élément essentiel du succès ? L’attente n’explique pas à elle seule le succès de la série ; il s’agit en effet d’un ressort classique de toute série.

C’est d’abord parce que le trône de fer subvertit les codes de la fantaisie. Les notions de chevalerie sont bouleversées par Game of Thrones.

Tout est possible ; il n’y a pas d’avenir tracé aux personnages ni aux héros de cette narration. Pourra-t-on s’attacher à ses personnages ? C’est prendre le risque de se prendre une grosse claque car il est possible que leurs têtes soient coupées qui plus est, par un personnage détestable !

En outre, la série a bénéficié d’un alignement des planètes ouvert par le Seigneur des Anneaux.

Il y a tout dans le trône de fer : des dragons, de la géopolitique, de l’histoire, de la trahison, la sournoiserie, la jalousie… Des personnages très complexes et la lutte pour le pouvoir, deux ingrédients indispensables. Le tout s’inscrivant dans un univers très construit et très cohérent, autour de mille familles nobles sur 10 000 ans.

Une adaptation fidèle ? ?

Au départ, Georges R Martin était convaincu que son œuvre était inadaptable. C’est le format série télévisuelle qui l’a permis  et deux scénaristes hors pair. Avant de se laisser séduire, George R . Martin interroge longuement David Benioff et D. B. Weiss pour s’assurer qu’ils ont compris l’œuvre. C’est seulement après avoir répondu à la question « qui est la mère de Jon Snow » que l’auteur se laissera convaincre. Les créateurs de la série tv étaient de vrais fans qui n’ont pas dénaturé l’œuvre originale.

La série dicte-t-elle l’écriture de George Martin ?

George Martin a osé, a créé. Il a été poussé à aller de plus en plus loin grâce aux réactions des internautes. Ce sont ses fans qui ont aussi fabriqué son inspiration

La série a beaucoup dévié par rapport au livre ; des personnages sont morts dans la série mais pas dans le livre. Cela va-t-il converger ?

Les livres se font certes attendre ; la HBO n’est pas responsable de cette attente. Quoiqu’il arrive, ce ne sera pas la même chose.

Comprendre Game of Thrones de Mathias Lavorel

« Je n’ai pas lu le livre » avoue Mathias Lavorel en plein salon du  livre. Tout de suite, ça a été à la vie, à la mort. Résumer en 80 pages plusieurs saisons et plusieurs milliers de pages, une gageure ?

Mon premier contact après un épisode était au bureau à la machine à café, lieu de tous les spoils. L’objectif de mon livre était donc d’aider des collègues perdus à la machine à café, leur donner l’abécédaire du Game of thrones et tenir les conversations dans les dîners !

L’acheteur type ? Un homme, en couple, très branché « Game of thrones » pour soutenir sa conjointe à entrer dans son univers !

La Garde de Nuit

La Garde de Nuit est la référence en France qui réunit sur ce forum des experts de game of thrones qui ont lu au moins 70 fois chaque livre chacun ! Cette initiative créée des passionnés. La richesse de l’œuvre permet de susciter une bataille d’analyses, de théories.

La théorie la moins sérieuse ?  Roose Bolton est un vampire immortel !

La BD, une porte d’entrée vers la lecture ?

Le livre de Michel Bussi, Les nymphéas noirs, inadaptable ? La princesse de Clèves, impossible à lire ?

La BD est une œuvre hydride qui mixte narration et image qui serait plus riche que l’adaptation cinématographique ou télévisuelle. Catel (La Princesse de Clèves – Dargaud), Michel Bussi (Les Nymphéas noires – Dupuis), Dobbs (l’homme invisible – Glénat), Xavier-Laurent Petit (Le fils de l’Ursari – Rue de Sèvres) en débattent au salon du livre en scène BD.

Diffuser plus largement les œuvres par la BD

L’adaptation rassemble deux publics : celui qui a déjà lu le roman et qui attend son adaptation ainsi que celui qui ne l’a pas lu avec l’enjeu de ne pas décevoir les uns et d’enthousiasmer les autres.

La princesse de Clèves est un roman charnière dans l’histoire de la littérature. Un roman très souvent au programme des écoles, mais très difficile d’accès. Catel avait pour ambition de rendre accessible cette œuvre majeure et redonner vie à Mme de Lafayette. Evidemment, chez Book Your Books, on salue cette initiative !

De son côté, Michel Bussi découvre qu’il est un illustre inconnu chez les éditeurs de Bande Dessinée ! Et pourtant, il fait délibérément le choix de l’adaptation de ses romans en BD plutôt qu’en images télévisuelles. En effet, pour lui, les scénaristes de BD ont vraiment le sens de l’imaginaire et des rebondissements qui entrent aisément dans mon histoire à l’inverse des scénaristes de télévision qui s’autocensurent en permanence. Ce qui réunit les mondes de la littérature et de la BD est la belle histoire qui déclenche les émotions.

Le roman est un fantasme dans la tête du lecteur. Le lecteur est alors maître de son adaptation. La BD impose une mise en scène et une ellipse.

Du point de vue de l’auteur, certes, chacun se fait son adaptation. Néanmoins, l’auteur a une intention qu’il ambitionne de transmettre. La BD permet de la préserver.

La Bande Dessinée, une porte pour la lecture ?

Je lis la BD, je joue au jeu vidéo mais je ne sais pas quelle était l’œuvre originale.

La BD permet de revisiter les classiques avec l’espoir qu’ils aient envie de découvrir l’œuvre originale. L’objectif de Catel est de donner envie de découvrir l’œuvre originale.

Parfois, souligne Xavier-Laurent Petit, les adaptations phagocytent les œuvres originales. Le succès de films ou de BD font oublier l’œuvre originale. Dobbs enchérit en illustrant ces  propos en considérant que l’adaptation de la bête humaine de Zola et son fameux Nicolas Le Floch à la télévision modernise certes Zola mais l’édulcore. Dobbs  s’est attaché à en faire une adaptation la plus proche et fidèle possible, allant jusqu’à respecter le style littéraire de certains descriptifs et les dialogues inévitablement surannés.

Tous les invités de la scène BD du salon du livre convergent vers l’idée que la BD est une autre porte d’entrée vers le roman. La télévision impose un rythme et une

Les fabuleuses aventures d’Aurore avec Douglas Kennedy et Joann Sfar

Les secrets de la fabrique à inspirations de Douglas Kennedy

C’est la rencontre de deux talents, celui de l’auteur Douglas Kennedy et de l’illustrateur Joann Sfar, qui a donné lieu à cet objet hybride tellement délicieux et émouvant.

Dans un café à Paris, Douglas Kennedy a présenté à Joann Sfar l’histoire d’Aurore. Ce dernier s’est aussitôt saisi d’un crayon et les traits d’Aurore se sont esquissés. Quelques semaines plus tard, et une proposition de dessins de Joann Sfar plus tard, Douglas Kennedy a été bouleversé et convaincu qu’une collaboration extraordinaire allait naître.

Des talents complémentaires

Joann Sfar est un illustrateur de bande dessinée et a toujours cherché à illustrer de grands auteurs si possible vivants. C’est une chance d’illustrer un texte que le lecteur va découvrir pour la première. 

« L’histoire d’Aurore, le monde des enfants, l’intime de Douglas Kennedy m’ont immédiatement inspiré car cette histoire parle autant aux grands qu’aux petits » a confié aux lecteurs réunis devant la scène jeunesse du salon du Livre de Paris.

De son côté, Douglas Kennedy confie « Je n’ai pas d’images quand je créé un personnage ; je ne projette pas visuellement dans mes personnages. Je suis centré sur la voix ; je suis concentré sur l’objectif de donner une voix à mon personnage. »

Qui est Aurore ?

Autiste, Aurore ne parle pas. Mais ses mots, elle les pose sur une tablette. Et elle a un secret. Elle lit dans les yeux des autres: Maman, Pap’, sa grande sœur Émilie, mais aussi Lucie, la meilleure amie d’Émilie, harcelée à l’école. Lucie kidnappée, Aurore, va se faire détective.

« Aurore, c’est moi » ose Douglas Kennedy. Son fils Max est autiste mais il n’est pas Aurore. Il y a beaucoup plus d’intimité dans ce livre original du grand auteur que dans les livres pour adultes qu’il a publié jusqu’alors.

Un livre sur l’autisme ?

En se positionnant sur la scène jeunesse, le livre aborde certes l’autisme mais c’est avant tout un polar ou un fantastique jeunesse. Aurore a son monde à elle et nous invite à embarquer dans son monde extraordinaire.

La suite ?

Douglas Kennedy envisage une suite aux fabuleuses aventures d’Aurore et une nouvelle collaboration avec Joann Sfar pour la fin de l’année 2019.

Leur fabrique à inspiration

Joann Sfar « dessine ta famille m’a dit le psychologue. Depuis, j’en ai fait mon métier. J’adore être le malade. Quand Douglas m’a livré l’histoire d’Aurore, quel plaisir de pouvoir croquer toute la famille d’Aurore ! »

Le secret de Douglas Kennedy est le yoyo qui le suit partout même dans ses voyages. Dans la valise de D. Kennedy, on trouve donc toujours un yoyo, un stylo plume et un ordinateur, les 3 ingrédients de son inspiration.